En ce coeur d'eté, je vis l'expérience particulière, intense mais aussi traumatisante d'être confrontée au Miroir de l'autre, et donc à ces propres faiblesses ou noirceurs renvoyées en écho...
En milieu de semaine, une enième discussion avec Chéri dérape, (de mon fait j'en conviens...J'aurais dû me recentrer, remettre les reproches justifiés dans un contexte dépassionné, oui je sais j'aurais dû..mais voilà...bref la mayonnaise est montée pire qu'une chantilly), de petites phrases en grandes phrases, tout y passa : violence des mots, vieux ressentis moisis, les familles respectives, l'intégrité de l'autre,...bref toute l'horreur que l'on peut parfois en un instant penser de l'autre quand il nous agace un peu plus que de coutume...et qui là enjambe les moments sereins et heureux de notre vie...
La rage, j'emploie ce mot à dessein, ce n'est pas de la colère, c'est un véritable raz de marée de rage impuissante, de frustrations retenues, de non dits, de mutisme cadenassé depuis des décennies qui submergent tout et dévastent tout sur leurs passages....
je suis d'une violence extrême, y compris physique, je marche sur Chéri sans crainte, sans peur, mon corps tout entier est une houle de haine, une partie de moi est irraisonnable à cet instant même...je déverouille tout ce qui s'est tapi au fond de moi depuis des années, tout ce que je n'ai pas dit, tout ce que j'ai ressenti, imaginé, collecté et qui soudain explose comme le volcan que l'on n'attendait pas...
les phrases sont aussi violentes du côté de Chéri, elles s'impriment sur le miroir de mon âme avec justesse...j'ai l'impression de voir s'écrire tout ce que je me masque soigneusement, toutes les questions que je n'ose pas forcément me poser clairement : j'ai du mal à reconnaître mes torts, je pense plus à moi qu'aux autres, je suis égoïste, j'ai du mal à soutenir l'autre dans les moments difficiles....oui, tout cela c'est aussi moi...mon orgueil mal placé, ma peur de ne pas pouvoir prendre ma place, ma peur terrible des situations de conflits avec l'autorité qui remonte à l'enfance....oui, tout cela me revient comme un boomerang.
Ma violence est si extrême que je crois que j'aurais pu tuer si une arme avait été à mes côtés....Je captais malgré tout, la peur physique de Chéri et je crois que qq part ce fut un signal d'alarme...je pris soudain conscience de la réalité et de la douleur intense qui irradiait ma main...en situation de défense, la main de Chéri m'avait retourné le pouce...ma main blessée m'a aidée à revenir à la réalité...les larmes, la peur, la panique, tout y était...
Je découvrais une femme que je ne connaissais pas :violente à l'extrême pour protéger ce qu'elle pensait attaqué...foutaise, personne d'autre que moi n'attaquait cette femme...je me suis vue je dirais, et je n'en suis pas fière, comme une harpie, il est vrai...mais qq part, je me suis également vue comme une guerrière que je pourrais être si le bon combat était décidé : sans état d'âme et prête à tout...
Une main bandée, toute la zone autour du pouce enflée et noire...cela permet de relativiser les choses...je suis amenée à faire "avec" mais si la violence de l'altercation reste encore source de mal être en moi, je dois reconnaître qu'elle fut aussi initiatrice d'apprentissage sur soi et sur l'autre....je sais que ce que je dois traverser aujourd'hui et qui me blesse encore maintenant est un certain "mutisme" de Chéri : il ne veut pas parler, discuter, mais reconnaît volontiers le faire, se lâcher avec d'autres....ce qui me frustre est que perso, moi j'en rêve de ces échanges que l'on ne me donne pas pour des raisons qu'il ne m'a pas dites : peur de moi, de ma facilité de répartie, d'arguments, peur de se livrer par manque de confiance...je ne sais pas...
Alors depuis trois jours, j'ai pris le parti du silence et de la patience....je m'aperçois que j'ai du mal avec le silence...j'ai un besoin viscéral de "dire", de parler, de m'exprimer....je fais aussi le pari de la patience : attendre que la situation s'éclaircisse, vivre au quotidien, ne pas peser sur l'autre...attendre....c'est difficile car j'ai en moi la volonté viscérale d'agir et là, je dois rester immobile en regardant passer la vie tout en y restant attentif...pas simple...
Est ce la bonne solution ?....je ne sais pas...je sais que je dois lutter également contre une forte envie de me cloîtrer dans ma forteresse comme je l'ai été durant des années...ce qui me retient ?...le souvenir de la difficulté à en sortir et l'écroulement physique correspondant...
Aujourd'hui, c'est un peu différent, je suis qqu'un qui a construit son propre socle...je n'appartiens plus à l'autre...mais je dois, si je veux continuer à vivre avec l'autre, accepter d'aller vers lui...et ca c'est pas gagné...alors je comprends qu'en ce moment, tout ce dont j'ai besoin c'est de paix, de sérénité, en attendant de reprendre le chemin...
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