Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 18:16

Voilà, j'ai besoin de dire mais pas facile de trouver le "Fil conducteur" de tout cela...les vieux adages "tout vient à point à qui sait attendre" ou "on récolte ce que l'on sème" me semble un bon début.

 

Depuis deux ans, je me déconstruis, je me reconstruis...J'essaie de m'écouter, de m'aimer, de me donner de la valeur, de m'estimer...c'est en bonne voie, je le sais, quand je mesure le temps parcouru et les progrès faits...Cependant, il est bien évident  que le changement initié dérange, bouleverse, perturbe mes proches, et mon mari...il a pris en pleine figure l'écroulement de la femme qui vivait à ses côtés, la descente aux enfers, les larmes, les cris, le n'importe quoi avec n'importe qui...Il s'est éloigné pour se protéger, se mettre hors d'atteinte...

 

Après les temps de destructions, vient le temps de la construction avec mes propres pierres...La place de mon mari n'est alors qu'accessoire pour moi..Je ne peux pas à la fois entendre ma voix et entendre la sienne...Les mots deviennent chocs, durs, violents...les larmes, la gorge serrée sont de bien piètres barrières...Je survis comme je peux mais malgré cela, je tiens bon..L'impression que traverser cet enfer, car cela en est un, est un passage obligé...

 

Je suis moi aussi déstabilisée même si je commence à mettre en place mes propres repères..J'ai besoin de me confronter à ma vérité, à ma réalité...de randos entre copines, en thérapie corporelle, en passant par des cours de chant et des visites en maison de retraite...Je pose mes jalons, les marches de mon nouveau chemin...

 

Je nie mon mari à mes côtés...je n'arrive pas à l'atteindre pour communiquer...nos discussions deviennent des véritables prises de pouvoir..Parfois, je semble voir une lumière dans ces échanges, quand on aborde durant quelques minutes les choses que l'on a vécu, et qui ont fait souffrir, mais très vite la porte se referme...J'essaie encore et encore de la forcer, en vain..Le seul progrès est que lors de ces prises de position, l'émotionnel reste à distance, plus de gorge serrée, plus de larmes...

 

Il y a quelques mois, une enième discussion dérape et une violence inouie surgit...Je deviens guerrière menaçante, je ressens enfin cette énergie de dingue qui m'habite mais que je tenais sous le boisseau....je prends la décision de la faire mienne, de l'apprivoiser et de lui donner la possibilité de diriger ma vie avec fermeté et conscience..comme un cheval fou peut devenir un compagnon....

 

Le chant va me servir de finalité pour canaliser cette énergie...j'apprends à ' tenir l'émotionnel à distance, à respirer, à grandir, à écouter, entendre et parler...

 

je suis toujours en demande pour communiquer avec mon mari mais je deviens moins agressive dans mes demandes, même si elles ne sont pas suivies d'effet....Puis, un tournant il y a une quinzaine de jours, un soin kinésio apporté à ma demande, nettoie, débloque la situation presque à mon insu...je prends alors conscience que je suis toujours dans une forte demande vis à vis de mon mari, comme pour combler mon manque d'amour, je fais une over dose de gâteaux, de sucreries, je n'ai plus envie de courir, ni de bouger, les kilos reviennent ...et à la lumière de ce soin, j'ai enfin la possibilité de me poser et de comprendre que de nouveau, se joue là mon vieux schéma de "petite fille" qui veut attrirer l'attention de papa...

 

Je décide de nouveau de me tourner vers moi et de m'occuper de moi, non pas par rapport à l'autre, mais pour moi...

 

Retour des joggings, des abdos et d'une superbe grippe qui signe le nettoyage du soin....le chant prend la relève avec le duo de Piaf/Sarapo "à quoi ca sert l'amour" que mon prof m'a choisi...ca décape, j'en tremble tellement ca m'interpelle mais je chante avec l'émotion de la chanson, tout en tenant la mienne à distance...

 

Cette semaine apprentissage d'une autre chanson dont je ne connais ni la mélodie, ni les paroles...il s'agit de "Redonne-moi" de Mylène Farmer...pas vraiment ma chanteuse préférée...mon prof au regard aiguisé me dit "là, je ne te fais pas franchir une marche, mais tout un étage"....

 

3 jours plus tard, la chanson est "mienne" totalement à ma grande surprise : tout y est, les paroles mémorisées facilement, la mélodie, ma façon de l'interpréter qui m'ouvre la porte de ma Féminité...une première...et j'en ai conscience...

 

Quelque part, depuis deux semaines je me dis chaque jour "je lâche mes attentes vis à vis de Chéri"....cet après midi, mon mari me demande de l'initier au tantra....vous savez cette philosophie que l'on réduit hélas à des positions sexuelles....une chambre tiède, deux corps nus face à face, rapprochés, et aucune attente...ma voix doucement explique, conduit, guide....regard yeux dans les yeux qui se mesurent d'abord, puis lâchent, massage de douceur en confiance dans l'autre....puis je chante improvisé, mon mari ne le veut pas, je respecte...je sais combien cela bouleverse pour l'avoir expérimenté en cours....le chant s'achève doucement puis...la voix, la parole se libère naturellement, on va parler pendant plus d'une demi heure : de nous, de ce que chacun à vécu ces deux dernières années, de nos besoins respectifs, de nos attentes...et je verbalise enfin ce que j'ai vécu et mon ressenti par rapport à lui....il me dit ses peurs....et je pose enfin la question qui me taraude depuis des mois "Veux tu continuer le chemin avec moi, , être mon égal en toute conscience...en sachant que je n'ai pas besoin d'un guide, d'un protecteur, d'un père, ni de qui que ce soit qui m'infantilise,  mais que j'ai besoin d'un compagnon",.....la réponse est "oui"...il me dit alors combien je lui manque quand je ne suis pas là...combien il a du mal à se projeter de vivre sans moi"....

 

Nous sommes là, souriants, heureux, confiants....des choses d'une importance capitale ont été verbalisées, dites....je me sens sereine, grande, à ma place et divinement libre...comme j'accorde également la liberté à mon mari...liberté de m'aimer, de m'épauler mais pas de faire à ma place ...Ce soir, je suis encore presque sous le choc..."on a parlé"....ce que j'appelais de mes voeux depuis des mois a eu lieu, simplement, en son temps, ....et j'en suis profondément hereuse...je me sens pleine d'énergie...je me sens Femme en totalité...je me sens moi enfin...

Par Emmarande - Publié dans : réflexions personnelles - Communauté : Chemins de Vie
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Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 17:11

Cette nuit, 2h du mat', je suis dans mon salon et les larmes coulent doucement..pas vraiment  le torrent, ni la gorge serrée, pas le gros truc mais voilà, les larmes sont là et je les laisse évacuer ce qu'il m'a été donné de regarder en face...

 

En fait tout commence mercredi soir. Depuis deux semaines, avec Chéri on a attaqué un gros chantier extérieur : la réfection de nos volets et de nos encadrements de fenêtres...ca avance bien mais cela prend un certain temps...Donc après la douche, le thé..vers 18h, avant que Chéri ne reparte à la Chorale, je me dis que l'on a une belle heure pour s'approcher en douceur, pour un câlin massage...huile parfumée sur tout le corps, puis je m'habille d'une jolie guêpière, et d'une joli paire de bas, chaussures à talons et peignoir pour la surprise de l'ensemble...Je vais chercher Chéri qui est accroché à son ordinateur, je le prends par la main et l'emmène, je sens une étrange résistance de sa part, et les phrases commencent à tomber "ah non, c'est pas le moment, on est fatigué, on verra plus tard"...Calmement, je lui dis qu'il n'y a pas d'obligation de faire l'amour, juste un moment fun, câlin..Il me dit que "cela ne luit dit rien" et me plante là..

 

Je n'ai même pas eu le temps de lui faire la surprise de mes jolis dessous, je suis là, bras ballants, les larmes au bord des yeux..."Respires, Ma Grande, respires"....la pression retombe, je suis triste, infiniment triste..je m'habille chaudement et je sors de chez moi, direction la rivière...là je me pose, l'eau qui coule, indifférente aux drames humains, m'apaise peu à peu...Je ne pense à rien, je suis là dans la fraîcheur du soir au bord de ma rivière, point barre...

 

La journée du lendemain nous retrouve sur le même chantier..Personne n'évoque ce qui s'est passé...Faire parler Chéri est un challenge et cela ne va pas en s'arrangeant alors que perso, j'ai découvert depuis quelques mois le "dire"...mais j'ai également appris à respecter son silence : après tout, à chacun son timing particulier...Le soir venu, j'espère, mais nom d'un chien, pourquoi je m'efforce toujours d'espérer des choses qui n'arrivent pas, j'espère qu'il me prenne dans ses bras, qu'il m'embrasse, me caresse, sans forcément là non plus viser l'acte sexuel...ben, j'espère en vain...Il est plus de minuit, je lis au lit, en fait je l'attends...il comate devant la télé devant des films érotiques, vus et revus, ou échange via msn avec ses contacts/modèles...quand il se glisse dans le lit, j'éteinds la lumière et ses bras me serrent contre lui...je suis bien, j'aime intensément ce moment de tendresse et de douceur et une petite voix me souffle "dis lui, et dis lui aussi combien c'est difficile pour toi la façon qu'il a de tenir ta féminité, ta sensualité à distance"...j'hésite, je suis si bien, j'ai peur en fait de mal gérer l'émotionnel et de dire, sans le vouloir, des choses qui n'ont rien à voir avec le sujet...   mais mon ressenti intérieur est si fort que j'aborde le sujet...je lui dis d'abord combien j'apprécie ce moment de la nuit où ces bras m'enveloppent, je le sens se détendre..puis, je lui dis qu'en tant que Femme, je me sens troublée en ce moment, j'ai du mal à trouver ma place près de lui, que propose t il ?....La réponse arrive en cascade, "il n'a plus envie de faire l'amour, il n'a plus envie des petits rendez vous coquins que j'initiais, en fait il n'a plus envie de rien et d'après lui, cela n'a rien à voir avec moi...le désir est absent".... Je lui rappelle calmement qu'en fait son chemin de séduction est émaillé de ses modèles photos (il faut séduire pour amener une jeune femme ou une jeune fille à poser nu devant un presque inconnu) et j'ai conscience combien cela peut alimenter une libido dont je suis forcément absente... je lui demande ce que je peux faire que je n'ai pas encore essayé : la réponse est "rien"....et voili, voilou....prends ca dans ta besace et va jouer dans ton coin...

 

Il est près de 2h quand je suis là, fontaine silencieuse dans mon salon et comble de l'ironie, la fin des larmes signe toujours chez moi une forte envie de manger sucré....ben oui, j'ai besoin de réconfort, de douceur...et je grignote allègrement des gâteaux secs, en plus mauvais pour ma ligne, mais finalement vu à quoi elle me sert ma ligne...je m'en fous un peu, même beaucoup ....Je n'ai plus sommeil du tout, et je décide d'analyser  avec un minimum de recul la situation et de prendre les décisions qui conviennent...

 

Il est tout à fait clair que j'aime la tendresse dont il m'entoure mais que j'ai besoin également que cette tendresse soit plus amoureuse que douceâtre...alors de deux choses l'une : soit je me satisfais de ce que l'on veut bien me donner et je mets entre parenthèse, voire j'oblitère, mes envies sensuelles et je deviens comme beaucoup de femmes de mon âge, un peu amère, car une part de leur féminité a disparu...et ca c'est pas envisageable pour moi, je ne suis pas sortie avec difficulté de ma forteresse pour être une femme morcelée...J'ai eu la tentation de prendre un amant, mais pour avoir expérimenté une fois ce schéma, je sais que ce n'est pas non plus le bon plan...alors quoi ?...j'ai alors décidé de continuer à être Femme, non pour lui, puisque je ne peux atteindre son désir, mais pour moi...pour être une Femme à part entière qui s'occupe d'elle et de sa libido, vive les sextoys....

 

Il est 6h du mat...et je n'ai pas dormi de la nuit...je me dis que la vie est con quand même...les autres me disent que je suis "une jolie Femme"...et le seul être dont je voudrais voir briller les yeux m'ignorent...j'ai décidé de faire avec, ou plutôt sans, et de continuer ma route Féminine, même si la composante du regard et des câlins masculins, en est absente...Tristesse mais fermeté...Je suis une Femme Solaire et entend bien le rester... 

Par Emmarande - Publié dans : réflexions personnelles - Communauté : belles à 50 ans
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Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /Août /2010 11:39

je suis comme le ciel en ce moment de nuages sombres en nuées claires, je m'approche parfois du bleu aux nuages blancs...hier, lors d'une discussion avec une amie et nos ressentis de femmes, j'évoque à mots couverts ce malaise qui me plombe depuis une semaine...

 

je connais l'écoute particulière de Patricia qui me dit tout de go "tu as envie de pleurer ?...et bien pleures un bon coup...tu as envie de hurler...fais de même....laisses sortir ce bidule d'émotions qui te pourrit la vie..."

 

Toujours des conseils de bon sens Patounette...je me terre dans mon atelier et là...je pleure...sais même pas sur quoi, sur quoi ou pour qui, pourquoi....bref...j'évacue le trop plein ....quand seuls mes reniflements peuplent le silence...je me sens fatiguée mais j'ai appris, moi qui cours beaucoup, à connaître le sens de la fatigue : il y a celle après un effort physique intense, celle du travail journalier et répété, celle de l'effort mental, celle après un cours de chant, celle après une émotion, et celle qui perdure et qui signe pour moi l'alerte maximum....

 

Là je retrouve la fatigue après émotion, je me sens vide mais centrée....du coup, j'enchaîne avec les exercices de respiration données par mon prof de chant....la tête me tourne, mon ventre me parle, mon corps commence à se détendre et ma main blessée pulse l'énergie de vie retrouvée....

 

La table d'hôtes du soir se révèlera sympa, amicale et je me sentirais présente à ce que je fais.....

 

Ce matin, l'odeur du bourguignon de ce soir embaume la maison, la tarte aux poires refroidit et le jambon persillé attend d'être découpé...mon ménage est fait, j'ai ramassé mes légumes tomates et courgettes dans le potager....un pas après l'autre, je reviens avec douceur et lenteur du côté de la vie et de ses couleurs....

 

je pense aux projets qui me tiennent à coeur : les anciens que je vais voir demain en maison de retraite, les cours de chant qui vont reprendre en septembre, mes idées de tableaux qui me trottent dans la tête, les volets à repeindre ainsi que le plafon de mon salon, et enfin le voyage à Compostelle dont le compte à rebours va commencer en septembre...

 

Tout à coup, je me sens riche et lourde de ces possibilités...un peu de légèreté aussi, shopping d'automne, balade juste pour le plaisir de sentir l'odeur de la saison qui s'avance, ramassage de mirabelles...bref, des petites choses qui rythment ma vie....et puis voir mon petit fils Arthur fin septembre, voir ses grands yeux me fixer, sourire...me sentir heureuse de ce bout de chou qui s'inscrit dans notre famille...bref...des éclats de joie qui mis bout à bout forment une sorte de tranquille bonheur...

Par Emmarande - Publié dans : réflexions personnelles - Communauté : Chemins de Vie
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Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /Août /2010 18:55

 

Depuis une semaine, la fatigue est là persistante, tenace...elle s'accompagne de tristesse, de vague à l'âme,d'un je ne sais quoi...qui me vais voir les choses et les êtres en gris, plus ou moins sombres.

 

J'ai conscience que ce qui a été remué est lourd et que cela peut avoir une vraie répercussion sur ma vie actuelle : je tiens bon, enfin j'essaie, mais je me sens si seule, si peu solide, si près des larmes...j'ai une folle envie de tout lâcher et de me laisser couler...je serre les dents...

 

Ma main a désenflée mais me fait encore mal, d'autant plus que je la sollicite beaucoup...hier, je demande à Chéri un service : m'éplucher les qq pommes de terre pour rejoindre les autres légumes de ma ratatouille d'été...il me dit "oui"....mais ne proposera ses services que deux heures plus tard : la ratatouille était cuite...et ma main endolorie...

 

Alors oui, j'en ai marre, archi marre, les autres me tapent sur les nerfs, Chéri en premier...je voudrais revenir comme une petite fille et que l'on s'occupe de moi...c'est con hein !!!...je n'ai plus envie de courir, je n'ai pas couru depuis 3 jours...en fait, je n'ai plus d'envie du tout....

 

Hier cours de chant....Patrice me fait travailler ma respiration et je suis tellement crispée que je n'y arrive pas...les larmes affleurent...Il joue au piano des accords que je dois reproduire...d'habitude j'aime bien même si c'est un challenge pour moi...là, il tape dans les sons graves et je bute et métale en beauté avant que les larmes me serrent la gorge...et le bouquet au lieu de la chanson que j'apprends et que j'attends comme une délivrance...il me fait chanter bouche fermée et là...blocage...je n'y arrive pas...il me regarde gentiment et me dit "il y en a encore à sortir de toi"....

 

Suis fatiguée de tout cela, je n'ai plus la force de continuer, jeme sens morcelée, perdue, amputée, laminée...

 

je ne sais pas ce qu'il va advenir dans les jours ou les semaines à venir...Je suis redevenue transparente pour Chéri, je me retrouve de nouveau face à moi même : à mes peurs, j'ai l'impression d'être prise au piège...et j'ai envie que cela se finisse...

 

Je veux dormir, dormir et ne plus me réveiller...

Par Emmarande - Publié dans : réflexions personnelles - Communauté : Chemins de Vie
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Dimanche 8 août 2010 7 08 /08 /Août /2010 22:26

Que faire quand brutalement, remonte à la surface un souvenir d'enfance traumatisant ?...occultation pendant plus de 40 ans, avec juste quelques vagues affleurant la surface par instant et provoquant peur, panique, angoisse, mal être, malaise...

 

J'ai mis deux jours avant de pouvoir enfin en parler aux premieres personnes que j'ai eu la chance de rencontrer...la discussion animée que j'ai eu avec Chéri a été le détonateur qui a fait exploser une bombe si vieille, si rouillée, si enfouie que j'ignorais qu'elle tenait une telle place dans ma vie...Il a suffi de qq mots identiques syllabes après syllabes à ceux que j'avais entendu il y a 46 ans pour déchirer le voile du souvenir....

 

Nous sommes en Juillet ou août 1964, je suis chez mes grands parents et je veille avec ma grand mère autour de la table de la cuisine : je joue à la poupée ou je joue aux cartes avec ma grand mère, je ne me souviens plus...la cuisine est calme, tranquille quand tout à coup mon grand père fait irruption dans la pièce...Il revient de rendre une journée de moissons à des voisins et il est ...plus que saoul ...ivre mort...

 

Ma grand mère l'accueille avec des reproches, la discussion s'envenime...je suis terrorisée, j'ai peur...j'essaie de les calmer.... je vais de l'un à l'autre impuissante...puis mon grand père traverse la cuisine en qq enjambées et récupère derrière une porte son fusil et nous met en joug....je suis tétanisée de peur...Ma grand mère s'avance ...ses mots claquent "tu ne me fais pas peur " lui lance t elle....je crie, pleure, tire leurs vêtements à l'un et à l'autre et je finis par attirer l'attention de mon grand père : il me regarde les yeux injectés de sang, hors de lui et dirige le canon du fusil sur ma gorge en m'ordonnant d'arrêter de le "regarder avec mes yeux L....." (mon nom de famille, le nom de mon père)...

 

Puis tout d'un coup, sous un coup de folie il décide de nous emmener en voiture ...ma grand mère me fait signe d'obérir...nous montons dans la 2CV et heureusement, il n'arrivera pas à la démarrer et s'écroulera sur le volant...ma grand mère récupère alors le fusil et me dit calmement "sauves toi"....

 

Me sauver ?...à 11h du soir où ?....je m'enfuis littéralement hoquetant de peur et cours me cacher derrière un chêne en limite de la ferme...là, recroquevillée, je prends conscience que je sens l'urine...je comprends alors que j'ai fait pipi sur moi, ma culotte, mes sandalettes, ma robe en est imprégnée....je me roule en boule juste avant de sentir un museau tiède et une langue chaude râper mes joues....mon chien Loulou est là...il se cale entre moi et l'arbre, mes bras l'enlacent et je m'endors là, abrutie de chagrin et d'angoisse....

 

L'aube pointera légèrement quand je sentirai une caresse légère sur ma joue : ma grand mère est là devant moi...je ne sais comment elle m'a trouvée, mon chien peut être l'aura guidé jusqu'à moi....Elle prend ma main et me ramène vers la maison en me disant "je t'ai préparée une tasse de café avec de la crème"....

 

Assise à la table de la cuisine et pendant que je bois à petites gorgées mon café crème, ma grand mère proncera la phrase suivante "tu sais, il ne faut parler à personne de ce qui s'est passé cette nuit, même pas à tes parents, sinon les gendarmes viendront chercher ton grand père et moi même et tu te retrouveras toute seule"....

 

Je n'ai jamais rien dit....

 

Depuis cette nuit, ma grand mère s'arrangera pour ne jamais me laisser seule avec mon grand père...elle échangera même nos chambres en me disant cette phrase terrible "si il m'arrive quelque chose, tu sautes par la fenêtre et tu vas chercher des secours"....!!!!

 

Durant des années, j'ai un rêve qui revient...je sens une menace dans la maison où je suis et je m'enfuis...par la fenêtre, une porte, la porte fenêtre....plus tard, adulte, dans toutes les appartements ou maisons que j'ai habitées, la première chose que je cherchais du regard "comment m'enfuir si j'étais menacée ou si l'on menaçait mes enfants"...."

 

Je comprends aujourd'hui que ce rêve signait, paraphait cette nuit de cauchemar...

 

Il a fallu, suffi que des mots identiques soient prononcés pour qu'une violence extrême m'envahisse et que j'agisse avec une rage inouie pour protéger à 46 ans de distance la petite fille terrorisée que j'ai été en ces instants...

 

J'ai eu de la chance, beaucoup de chance que la personne visée ait réussi à me tenir à distance malgré ma volonté de détruire....

 

j'ai réussi à dire ce souvenir, à briser la loi du silence que l'on m'a imposée à l'époque....

 

Depuis deux jours, je suis fatiguée, épuisée, vidée....mais j'ai enfin reconnu en moi cette guerrière qui pouvait se jeter dans le combat si son intégrité était menacée....je comprends pourquoi ma voix était voilée depuis des années....je comprends que mes cours de chants ont commencé à faire remonter le souvenir de l'inconscient....je comprends que mon affirmation de moi, de mes dires depuis des mois....ont brisé peu à peu des serrures....il a suffi alors que des circonstances presque identiques soient reproduites pour que tout explose...

 

Il me reste aujourd'hui à en parler à mes enfants pour ne pas laisser d'empreinte dans la descendance à venir...et à comprendre et à accepter en moi cette énergie de violence qui peut être canalisée à bon escient pour la réalisation de mes projets...

 

Je suis à la fois une Femme de Lumière mais aussi une Force de l'Ombre....et je l'accepte et me reconnais ainsi

Par Emmarande - Publié dans : réflexions personnelles - Communauté : Chemins de Vie
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